Paléontologie au Niger : Identification du Spinosaurus mirabilis dans la région d’Agadez

La communauté scientifique a officialisé l’identification d’une nouvelle espèce de dinosaure prédateur découverte au Niger : le Spinosaurus mirabilis. Surnommé le « Héron de l’enfer » (« Hell heron ») par les chercheurs de l’Université de Chicago, ce géant de 12 mètres de long apporte des informations inédites sur l’évolution des spinosauridés en Afrique subsaharienne.

Dans la reconstitution artistique ci-dessous de Dani Navarro, publiée par l’Université de Chicago, on peut voir le « Spinosaurus mirabilis » se dressant au bord de la rivière, dominant sa proie il y a environ 95 millions d’années. Une crête céphalique en forme de cimeterre et des dents imbriquées caractérisent ce géant des marais, l’une des dernières espèces de spinosauridés encore existantes.

Une découverte majeure au nord-est d’Agadez

L’annonce de cette découverte fait suite à des travaux de recherche menés par une équipe internationale dirigée par le paléontologue américain Paul Sereno. Le spécimen a été localisé au nord-est de la ville d’Agadez, dans la zone du bassin d’Iullemmeden. Le bassin d’Iullemeden s’étend principalement sur quatre pays : le Mali, le Niger, le Nigeria et l’Algérie. La majorité de sa superficie (environ 525 000 km²) se trouve au Niger.

Carte de localisation du bassin d’Iullemeden – Source : iaea.org

D’après les éléments recueillis, cette espèce se distingue par une morphologie unique, notamment la présence d’une crête sur le sommet du crâne, une caractéristique jusqu’alors non documentée chez ses proches parents de la région.

Contexte et caractéristiques scientifiques

L’étude, publiée dans la revue Science et documentée par les rapports de terrain, établit les faits suivants :

  1. Dimensions et morphologie : Le Spinosaurus mirabilis mesurait environ 12 mètres de long. Sa caractéristique la plus notable est une crête crânienne qui, selon les premières analyses, aurait servi de moyen de communication entre congénères et de marqueur de dimorphisme sexuel (différenciation entre mâles et femelles).
  2. Écosystème : Ce prédateur évoluait il y a environ 95 millions d’années dans un environnement composé de vastes réseaux fluviaux. Ses mâchoires, comparables à celles d’un héron géant, étaient parfaitement adaptées à la capture de proies aquatiques.
  3. Localisation précise : Les fouilles se sont concentrées dans le secteur de Gadafaoua, une zone désertique du Ténéré mondialement reconnue pour sa richesse paléontologique.

À écouter : À la découverte de Gadafawa, cimetière des dinosaures

Positions et expertises locales

La découverte a suscité un vif intérêt au sein de la communauté scientifique nigérienne. Interrogé sur la portée de cet événement, le Dr Mohamed Alassane, docteur en archéologie, souligne l’importance de cette trouvaille pour le patrimoine national.

Cette trouvaille vient enrichir les connaissances déjà établies sur les dinosaures découverts dans la région et réconforte davantage les scientifiques dans leurs recherches sur la présence de ces espèces au Niger, a déclaré le Dr Mohamed Alassane.

Interview de Mahamed Hassane.

Sur sa chaîne Youtube, l’Université de Chicago a publié une partie des vidéos tournées sur le site de la découverte à Agadez lors de la mission de 2022. Pour les observateurs locaux, cette annonce confirme le statut du Niger comme une place importante de la paléontologie mondiale, tout en renforçant la nécessité de poursuivre les inventaires scientifiques dans la région d’Agadez.

Dans une interview réalisée en 2022, Didier Dutheil, paléontologue et membre de la Fondation Niger Héritage de Paul Sereno indiquait que depuis 1906, de nombreuses espèces ont été identifiées. Alors que des paléontologues français en avaient initialement décrit 5, les recherches plus récentes en ont révélé une quinzaine de plus.

Le Niger possède les gisements de dinosaures les plus riches d’Afrique et compte parmi les plus importants au monde.