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Une scène de danse traditonnelle au CCFN Jean Rouch de Niamey / CC- Faride Boureima / Studio Kalangou

Quel avenir pour le « théâtre » au Niger ?

Des 5 grands genres littéraires, le théâtre est l’un des plus connu et les plus lus. C’est un ensemble de textes précisant des répliques et des jeux de rôle de chaque personnage qui y figurent. En Afrique, l’histoire de la littérature est intimement liée au passé colonial et aux luttes d’indépendance. Les auteurs africains ont usé de tous les genres dans ce qu’ils ont nommé « le courant de la négritude ». Ainsi, le théâtre en Afrique, était la principale arme des auteurs tels que le nigérian Wolé Soyinka avec sa pièce théâtrale « Le lion et la perle » qui dépeint la vie des villageois sur un ton humoristique. Certains chercheurs parlent même de « théâtre africain » qui, de par son contenu, n’aurait pas grand-chose à avoir avec le théâtre classique, connu de tous. Par exemple, le congolais Julien Mbwangi Mbwangi soutient en Novembre 2014, une thèse de doctorat sous le thème : « Le Théâtre africain et ses caractéristiques. Analyse de quelques critères (…) » à la Faculté de philosophie et lettres à l’Université Libre de Bruxelles.

Quelle place occupe le théâtre dans la société nigérienne ?

Pour l’auteur et metteur en scène nigérien, Edouard Lompo, le théâtre se trouve dans tous les faits et gestes qu’il observe. Il le confirme d’ailleurs au cours d’un forum enregistré au Studio Kkalangou : « Définir le théâtre au Niger : à moins de reprendre les définitions académiques, moi je dirai de regarder autour de nous ! Regardez les femmes autour du mortier, pour moi c’est du théâtre ! Quand les femmes sont en train de piler, il y’a des jeux et des textes. Et pour moi, c’est du théâtre ! (…) Chez nous, dans tous les actes qui se font, il y’a du théâtre !».

Au Niger, ce genre littéraire est à la fois riche et varié, ce qui lui confère une certaine particularité. Des personnages de contes en passant par certains évènements ancestraux, le théâtre nigérien dispose d’un vaste réservoir d’histoires à raconter comme l’a indiqué Aboubacar Yacouba Maiga, coordonnateur de l’ONG Taghlamt dans un article publié sur la page Facebook de ladite ONG, en juillet 2017 : « Le théâtre est parti du simple fait qu’à des moments des évènements donnent place aux imitations des personnalités sociales et politiques par des jeunes du village avec comme : « Le Wassan Kara » à Zinder, le Soumaraou à N’Guigmi, ou des personnages des contes comme, le petit lapin ou lièvre (Tobaye – tobaye) en milieu Djarma, et le Gros diable (Dodo) en milieu Djarma ou dans l’Ader.

Si les 1ers évènements sont organisés après les récoltes, les illustrations des personnages des contes se font lors des activités marquant les nuits avancées (15ème nuit) du mois de ramadan.

Une autre forme de théâtre de plein air les satires des élèves coraniques sur leurs maîtres ; le marabout qui danse et se fait surprendre par ses élèves ou le cavalier de bambou (dokin kara) qui demande l’aumône. Ces formes de théâtres peuvent être considérées comme les ancêtres du théâtre qui donneront place à des satires des griots exprimés dans plusieurs sociétés traditionnelles de manière différente (par la danse, le chant ou les imitations).

Aurore et crépuscule du théâtre nigérien

Le théâtre nigérien a connu ses périodes de gloire dans les années 50 et 2000. Très enthousiastes, les jeunes comédiens de l’époque ont galvanisé les scènes des « Maisons des Jeunes et de la culture», celles des différents « festivals » (très appréciés à l’époque), des plateaux de la chaine nationale et même de la radio nationale. Il a d’ailleurs, selon plusieurs dires, inspiré le fameux « dandali soyyayya » produit par Kannywood, l’industrie cinématographique du nord-Nigéria.

Vu le succès de ce dernier, plusieurs jeunes comédiens nigériens se tournèrent aussi vers ce même genre : « dandali soyyayya ». Parlant de ce dernier, Aboubacar Yacouba dit d’ailleurs dans son article « Dès son apparition une troupe s’est mise sur pied à Niamey au CFPM Taya « Kainoua » elle est considérée comme la première troupe de Dandali au Niger à partir de laquelle a vu le jour, Mafalkin Zountchia, Himma Sabon Tachi, TAGHLAMT, Matassa, Nazari, Nassarawa, Adaltchi, Son Kowa etc. Vu leur nombre le CFPM sous la direction de Moussa Garba a organisé un festival de Dandali Soyanya en 2005 ». Malgré tout, Aboubacar Yacouba indique que cette forme de théâtre qu’est le « Dandali » n’a pas su séduire sur scène. Pour cause, elle donne plus de « place au chant qu’au jeu d’acteur », un choix qui la positionne beaucoup plus sur les petits écrans que sur des spectacles sur scène.

Néanmoins, il faut noter que le « Dandali » à l’image du rap et de la danse moderne « a été l’art qui a le plus mobilisé les jeunes et des troupes » soutient l’auteur.

Cependant de nos jours, le théâtre nigérien semble avoir perdu de son charisme. Les prestations et productions locales sont de moins en moins fréquentes et ne drainent pas beaucoup de monde. L’attention du public nigérien est de plus en plus captée par les productions nigérianes.

Fanta Chamsou.

 

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