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Direct ReliefSuivre Niger Danja Fistula Center Un soleil ne doit jamais se coucher deux fois sur une femme en travail. Aisha, une volontaire du village travaillant dans le village d'El Kokia, fait une présentation sur la façon de prévenir la fistule en veillant à ce que les femmes se rendent à temps dans un établissement de santé./ flickr

Santé : causes et prise en charge de la fistule obstétricale

La fistule obstétricale ou génitale est l’une des complications qui peut survenir lors d’un accouchement. Il s’agit d’une perforation entre le vagin et la vessie ou le rectum, due à un arrêt prolongé du travail en l’absence de soins obstétricaux. Selon l’UNFPA, Fonds des Nations Unies pour la Population, « pour une femme qui meurt de causes liées à la maternité, on estime que vingt (20) au moins sont atteintes de morbidité maternelle, dont l’une des formes les plus sévères est la fistule obstétricale ».

Et selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), plus de deux (2) millions de femmes et de jeunes filles sont touchées par cette maladie, dont 600 000 à 1 million sont en Afrique.

Quant au Niger, il enregistre chaque année près de 750 cas de fistule génitale féminine a indiqué Dr Illiassou Idi Mainassara lors de la journée internationale de la lutte contre la fistule obstétricale, le 23 mai.

La fistule est un véritable problème de santé publique au Niger. Pour madame Traoré Salamatou, présidente de l’ONG Dimol, une ONG de santé de reproduction pour une maternité sans risque au micro du Studio Kalangou, « la fistule obstétricale ou génitale est une communication anormale qui rend la femme très vulnérable avant qu’elle ne trouve la solution à son problème » explique-t-elle. Selon elle, quand la femme contracte cette fistule, elle dégage une mauvaise odeur du fait des matières fécales ou des urines, mais aussi une perturbation de tout son système de santé, sur le plan mental, c’est une femme qui est touchée. Elle ne sait pas ce qui lui arrive.

En effet, une fois malade de la fistule, la femme est souvent forcée de s’isoler, de rester à l’écart des autres. Du coup, elle se sent rejeter par la société. Cependant, non seulement, elle est touchée moralement et physiquement, mais aussi elle est stigmatisée au sein de sa famille et de la société. Parfois, elle perd aussi son foyer.

Ainsi « un manque d’accessibilité aux formations sanitaires, ensuite le suivi médical qui n’a pas été effectué, l’accouchement qui ne s’est pas effectué avec un personnel qualifié et aussi l’ignorance et l’analphabétisme » sont les causes qui peuvent entrainer la fistule chez la femme selon Mme Traoré Salamatou, présidente de l’ONG Dimol.

Pour elle, les femmes les plus exposées à la fistule sont celles qui ont entre 15 ou 19 ans, c’est-à-dire lors du premier accouchement, les secondes sont celles qui ont eu plusieurs maternités multiples et rapprochées et qui n’ont pas pris en compte la fragilité de leur organisme.

Cependant, les facteurs les plus importants de la fistule sont la pauvreté, l’analphabétisme, le faible accès aux services de santé…etc. Et le risque de la maladie est beaucoup plus élevé chez les jeunes filles enceintes dont le corps n’est pas encore mature.

Madame Traoré Salamatou poursuit en expliquant que, la fistule obstétricale est une négligence de notre communauté, tout le monde est responsable parce que la prise de décision ne se fait pas à temps. Quand la femme est en travail, on dit souvent, il ne faut pas que le soleil se lève 2 fois sur la femme en travail, « sinon déjà la fistule est créée ».

Heureusement, « elles ont beaucoup de chance de guérir, si elles arrivent premièrement à accéder aux formations appropriées d’urgence » indique Mme Traoré. En effet, chaque année, une soixantaine de femmes sont soignées dans le Centre National de Reference de la Fistule Obstétricale (CNRFFO) de Niamey. Crée depuis 2008, ce centre prend en charge les femmes victimes de la fistule, sensibilise ces femmes sur les conséquences de la maladie et sur les mesures de prévention. Et de leur faire savoir qu’elles ont une chance d’être soignées et de survivre à la fistule obstétricale.

Possibilité de grossesse après la fistule obstétricale

A Maradi, après une chirurgie réparatrice, elles sont nombreuses les femmes guéries de la fistule obstétricale qui peuvent accoucher, mais sous surveillance médicale. Ainsi, selon Docteur Ganda Younoussi, gynécologue traitant au centre de la mère et de l’enfant de la région, cela est rendu possible grâce à certaines mesures respectées par ces femmes. Pour lui, si le couple s’organise bien, il peut y avoir plusieurs enfants sans que la fistule ne revienne.

« Après l’opération, on leur demande de faire une abstinence sexuelle au moins de 6 mois. Après l’abstinence sexuelle, on les met sous contraception pendant au moins un an, deux ans » souligne Docteur Ganda Younoussi.

Au gynécologue du centre de la mère et de l’enfant de Maradi d’ajouter qu’après la contraception, elles peuvent tomber enceintes et à partir de 7 mois, 8 mois, elles reviennent au centre où elles sont hospitalisées, « on fait le bilan, on leur fait une césarienne prophylactique, c’est-à-dire programmée » explique-t-il.

En effet, la fistule est une maladie qui peut se guérir « dès que les urines cessent de couler, la femme redevient comme toutes les autres femmes, donc, elles vont trouver une vie normale » souligne Docteur Ganda Younoussi, gynécologue traitant au centre de santé de la mère et de l’enfant à Maradi.

Témoignage d’une femme victime de la fistule obstétricale

Madame Mohamed Balkissa est l’une des femmes qui durant quatre (4) ans a enduré le calvaire de la fistule. Aujourd’hui guérie, elle raconte son calvaire.

« C’est après mon accouchement que ça a commencé, quand je remarquais que mes menstruations ne venaient pas, je suis allée au centre de santé. On m’a prescrit des pilules et les menstruations ont repris, mais le souci, je les avais en forme d’urine » explique Mme Mohamed Balkissa. En effet, la fistule est une maladie qui peut se développer au cours de l’accouchement ou après et en général, les bébés sont mort-nés. C’est une maladie qui donne à la femme, une envie fréquente d’uriner.

Mme Mohamed Balkissa poursuit, je suis venue au centre. « Dès que, je suis montée sur la table, le docteur m’a dit que je suis atteinte de la fistule » explique-t-elle.

Quand j’ai su de quoi je souffrais, je suis allée au centre pour me faire soigner, « on m’a annoncé que je serai opérée. Je n’ai pas payé 1 franc. Ils m’ont donné tous les médicaments et m’ont soigné. Je suis guérie et mon cycle menstruel est normal, mes urines aussi sont à leur place » témoigne Mme Mohamed Balkissa.

Interview Mme Traoré


Rabi Assoumane Hamani

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