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Idi Nouhou lisant son livre

La littérature nigérienne a un nouvel ambassadeur : Idi NOUHOU

Dans cet article questions-réponses, l’auteur partage son expérience et donne des conseils aux jeunes auteurs et à ceux qui rêvent d’écrire et publier un jour.

Le roman, le roi des cons, sorti chez Gallimard cette année, a reçu de bonnes critiques, comme celle de la littéraire libanaise Georgia MAKHLOUF et une préface sympathique et humaine de Marie DARRIEUSSECQ.

Au fil du roman, on suit le héros dans ses péripéties quotidiennes, dans les rues et ruelles de la capitale nigérienne. Il nous ouvre également les portes de son intimité, avec une telle classe qui force l’admiration.

On est tout de suite saisi par le regard du narrateur, qui n’a d’yeux que pour sa partenaire de jeux, Rakki, une ravissante jeune femme peu farouche. Voilà que le poids de la tradition lui tombe dessus, un mariage décidé par sa famille. Au lieu de se battre, il laisse faire, par paresse peut-être. Abdou, c’est son nom, ne fait pas grand cas de sa personne, il n’est peut-être pas con, comme le titre du roman l’indique, il cherche juste à ne pas faire des vagues. Il crie son insignifiance face à la prestance de son père, mais la vérité est qu’il est aimé, très aimé. Et par amour, sa femme légitime, Salima, au corps sublime, est prête à braver un fleuve de traditions pour le suivre dans les entrailles de la nuit chaude. Pourtant, dans ses virées nocturnes, Abdou se perd et perd plus encore.

 C’est votre premier livre chez Gallimard, un grand éditeur mondial, mais pas le premier publié ?

C’est effectivement mon premier roman publié chez Gallimard. En fait, c’est ma première œuvre individuelle publiée par un éditeur professionnel. Pour mes autres publications, il s’agit surtout de nouvelles ou contess dans des recueils collectifs, des journaux ou bulletins. Mais j’écris aussi des textes qui ne sont pas forcément destinés à l’édition. Par exemple, du théâtre ou des scénarii. Certaines de mes pièces de théâtre ont été jouées par Les Tréteaux du Niger ou par d’autres compagnies, ici même au Niger ou ailleurs… Au Togo, au Burkina Faso, au Mali et même à Alger.

 Comment définiriez-vous la littérature nigérienne en général et votre style (ou vos styles) en particulier ?

Je suis sans aucun doute très mal placé pour répondre à cette question. Ce serait être à la fois juge et partie. Mon roman intègre peut-être la littérature nigérienne, mais il ne me donne pas pour autant le droit de dire : voilà mon style. Chez un auteur, il y a des propositions esthétiques conscientes, et d’autres qui ne le sont pas. Des influences d’autres auteurs qui ne sont pas forcément perçues nettement par l’auteur lui-même… Donc je ne peux pas dire quel est mon style qui peut d’ailleurs changer dans d’autres œuvres car j’ambitionne d’écrire encore d’autres romans. Et c’est le même raisonnement à propos de la littérature nigérienne. Tout ça, c’est le travail des critiques et des universitaires. C’est à eux de définir la littérature nigérienne et de décortiquer mon style, si tant est que j’en ai un. C’est à eux de juger que mon œuvre est digne d’être appelée « roman nigérien ».

 Vous avez lu Balzac, Voltaire et bien d’autres auteurs de la littérature du monde, est-ce qu’il y a des auteurs nigériens, et du continent africain qui vous auraient inspiré ?

Naturellement. Déjà, à l’échelle nationale, il y a Boubou Hama. C’est un mastodonte de la littérature, pas seulement au Niger, mais dans toute l’Afrique. Il m’a beaucoup fait rêver avec ses récits mystiques. Il y a également Mamani Abdoulaye. Son roman Sarraounia et sa poésie… Et puis… Avez-vous lu Alternances pour le Sultan de Zarumey Shaïda ? Et les œuvres de Mahamadou Halilou, Ibrahim Issa, Diado Amadou, Ada Boureïma… Tous ces précurseurs qu’on voie rarement sur le marché ? Au niveau africain, il y a bien sûr la poésie de Senghor, les contes de Birago Diop, L’aventure ambiguë de Cheick Hamidou Kane, l’immense production d’Amadou Hampâté Bâ. Des auteurs comme Mongo Béti, Djibril Tamsir, Boris Diop, Soni Labou… La liste est longue. Tenez ! Ma nouvelle « L’écriture sur l’eau » publiée dans Les cauris veulent ta mort s’inspire énormément de ce dernier auteur.

 Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes auteurs ou à ceux qui pensent écrire sans oser se jeter à l’eau ? Par peur du jugement ou par crainte de ne pas y arriver.

On n’écrit pas en ayant peur d’être jugé. On le sera toujours de toute façon. Mais, par contre, les critiques des autres nous font avancer. Mais évidemment, avant et pendant l’étape de l’écriture, il nous faut toujours et toujours lire. La lecture est comme les leçons chez un élève. On apprend toujours quelque chose dans chaque œuvre, même celle qui nous semble insignifiante. Et un jour, on se rend compte que notre idée, notre phrase, notre style est lié à tel auteur ou telle œuvre. On s’en rend compte parfois après coup.  

  Imaginons un jeune auteur qui a dépassé tous les obstacles qui peuvent le bloquer, comment pourrait-il s’y prendre pour trouver un éditeur ?

Chaque être humain suit un parcours. Il y a des auteurs qui mettent du temps avant d’arriver chez l’éditeur qu’ils souhaitent. Mais il faut toujours savoir saisir les opportunités qui passent à portée de nos mains. Parce que chacune d’entre elles nous mène vers le port qu’on souhaite atteindre. Chaque œuvre publiée, même chez un obscur éditeur nous rapproche d’un éditeur plus connu. L’essentiel, c’est la fierté qu’on ressent d’avoir publié quelque chose, non pas à compte d’auteur, en y mettant son propre argent, mais parce que quelqu’un nous a fait assez confiance pour risquer et miser sur nous. Et ce qui fera prendre des risques à un éditeur, c’est la qualité de notre œuvre. Ensuite, ne pas se fatiguer de taper encore et encore chez les éditeurs, parce qu’un refus de la part de celui-ci ne veut pas dire que l’œuvre est médiocre. Non. C’est le sujet qui ne l’intéresse pas simplement. Allez ailleurs. Mais sans oublier de revenir encore vers lui à la fin d’autres manuscrits. C’est arrivé à de grands auteurs.