Depuis le vendredi 19 juin 2026, une délégation nigérienne, dirigée par le Général de Division Mohamed Toumba, Ministre d’État de l’Intérieur, y a bouclé 48 heures de négociations avec ses homologues béninois. Au sortir de ces échanges, Niamey maintien des exigences sécuritaires strictes, désormais inscrites dans le nouvel accord commun.
Ce week-end la crise diplomatique entre le Niger et le Bénin a connu un nouveau moment de réchauffement après la visite officielle du président de la République du Bénin au Niger. En effet, le Général de Division Mohamed Toumba, Ministre d’État nigérien de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et de l’Administration du Territoire, a achevé ce dimanche des travaux avec le comité national d’experts béninois.
L’objectif de ce déplacement était de traduire en actes la volonté politique amorcée lors de la rencontre du 2 juin dernier à Niamey entre le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, et le chef de l’État nigérien, le Général d’armée Abdourahamane Tiani. Une rencontre qui, selon les mots du Général Toumba, a ouvert « une nouvelle voie : celle de la réconciliation et du dialogue fraternel ».
À lire : Suivre la chronologie de la crise entre le Niger et le Bénin
« Refaire naître cet amour séculaire »
Du côté des autorités béninoises, le soulagement et l’optimisme dominent au sortir de ces deux jours. Olushegun Adjadi Bakari, ministre béninois du Tourisme, du commerce extérieur, de l’industrie et des investissements privés, a tenu à saluer la cohésion remarquable qui a régné durant les échanges.
« Ces 48 heures ne sont que le début du chemin que nos peuples ont toujours fait ensemble », a souligné le ministre béninois qui juge l’avancée des travaux très positive, il a indiqué : « Nous formons une seule délégation ici avec un seul objectif : refaire naître cet amour et ce lien séculaire qu’il y a entre nos deux peuples, entre nos deux pays. »
Olushegun Adjadi Bakari a par ailleurs assuré qu’il rendrait compte aux autorités béninoises pour obtenir une « validation formelle » et une « ratification des conclusions », annonçant d’ores et déjà que sa délégation aurait « plaisir à se rendre à Niamey pour les prochaines étapes » afin de donner corps à cette volonté partagée.
De son côté, le Général Toumba a confirmé cette posture de compromis : « Nous ne sommes pas ici pour ressasser le passé, mais pour construire un avenir commun » a-t-il rappelé.
Le volet sécuritaire est une exigence « non négociable »
Cependant, la normalisation des relations et la réouverture de la frontière ne se feront pas à n’importe quel prix. Face aux défis régionaux persistants, le Général de Division Mohamed Toumba, ministre de l’intérieur du Niger, a rappelé les responsabilités qui incombent aux deux États. Citant un proverbe ancien (« Là où croît le péril, croît ce qui sauve »), il a énuméré les menaces communes : « terrorisme, trafic illicite, insécurité transfrontalière ».
Pour y faire face, le Niger a posé deux « préalables absolus [qui] doivent être verrouillés ici et maintenant ». Le premier d’entre eux, au centre des tensions passées, concerne la garantie de la sécurité territoriale. Le Général Toumba a exigé la signature d’accords de défense posant « le principe intangible de la non-utilisation du territoire de l’un contre l’autre ».
Plus particulièrement, Niamey souhaite obtenir des garanties sur un point qui bloquait les discussions depuis des mois : « La transparence totale sur les dispositifs étrangers stationnés à proximité de notre frontière commune. » Les deux pays se sont également mis d’accord sur la création immédiate d’une « cellule bilatérale de fusion du renseignement » pour lutter contre un ennemi asymétrique ignorant les frontières.
Sur ce dossier sécuritaire, le message du Ministre d’État nigérien a été sans équivoque : « Notre mandat est ferme et notre exigence est totale. Ils ne doivent pas être négociables car ils touchent à la survie même de nos États et à la sécurité de nos populations. »
Vers une normalisation économique progressive
Le second préalable verrouillé à Cotonou relève du domaine économique et juridique. Les deux parties ont posé les bases de la reprise de leurs échanges commerciaux historiques, avec des engagements clairs sur « l’exonération des taxes sur le transit, de l’interdiction de la mise en consommation, de la révision des charges et du règlement des contentieux ».
Pour le Général Toumba, en choisissant la voie des négociations plutôt que celle de la confrontation, le Niger et le Bénin ont recréé « de la valeur pour [leurs] économies », prouvant que « la paix et la sécurité produisent plus de richesse que la conflictualité ».
Si la porte est désormais ouverte, la réouverture effective de la frontière obéira à un processus méthodique. Un « chronogramme de réouverture progressive » a été validé par les deux comités. Celui-ci, a précisé le Ministre nigérien de l’Intérieur, devra être « strictement suivi avec des évaluations périodiques », tandis que la mise en œuvre technique des annexes sera confiée à une commission mixte de coopération.
Photo par AFP.