Dans la chronique Éducation Numérique, nous revenons cette semaine sur un phénomène qui a accompagné la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 au Maroc : l’usage massif de la désinformation assistée par l’intelligence artificielle.
La compétition, qui s’est déroulée du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, ne s’est pas jouée uniquement dans les stades. En marge des rencontres sportives, une vague de contenus manipulés a inondé les réseaux sociaux, transformant les polémiques habituelles en campagnes de désinformation sophistiquées.
Une industrialisation du faux par l’IA
Contrairement aux rumeurs classiques, cette CAN a été marquée par l’utilisation accrue de l’intelligence artificielle pour générer des preuves factices, communément appelées deepfakes. Ces vidéos, souvent très réalistes, mettaient en scène des arbitres, des entraîneurs ou des joueurs en train de prononcer des « aveux » ou des propos incendiaires qu’ils n’ont, en réalité, jamais tenus.
L’un des exemples les plus viraux concerne une vidéo attribuée à l’arbitre du match Maroc – Tanzanie, prétendument en train de s’excuser auprès des supporters tanzaniens. Bien que fausse, cette séquence a cumulé plus de 5 millions de vues. Selon plusieurs médias spécialisés, l’ensemble de ces contenus manipulés aurait généré plus de 50 millions de vues sur la plateforme TikTok durant le tournoi.
Pourquoi une telle viralité ?
L’explosion de ce phénomène s’explique par la combinaison de deux facteurs :
- L’émotion du sport : Les décisions arbitrales suscitent naturellement des passions fortes, propices au partage impulsif.
- L’accessibilité technologique : L’IA a considérablement réduit le « coût du mensonge ». Il est désormais possible de fabriquer un faux plateau de télévision ou d’inventer des explications irrationnelles en quelques minutes pour crédibiliser un récit.
Des conséquences délétères sur et hors du terrain
Cette pollution numérique a eu des répercussions tangibles. La pression s’est accrue sur les acteurs du jeu, victimes de harcèlement en ligne basé sur ces fausses preuves. Ce climat de suspicion a également exacerbé les tensions dans les stades, notamment lors de la finale Sénégal – Maroc à Rabat, dont la fin de match a été marquée par une forte agitation.
Plus inquiétant encore, la désinformation a servi de vecteur aux discours de haine. Au lendemain de la finale, des rumeurs de décès (d’un stadier marocain ou d’un supporter sénégalais) ont circulé, bien que formellement démenties par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) du Maroc. Ces fausses informations ont néanmoins alimenté des campagnes xénophobes.
Face à ces dérives, le Conseil pour l’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie dans les Médias (CORED) au Sénégal a dû alerter sur les risques que ces contenus faisaient peser sur la sécurité des ressortissants et les relations diplomatiques entre les nations.
La vigilance comme rempart
Pour les utilisateurs des réseaux sociaux, au Niger comme ailleurs, l’enjeu est de ne pas importer ces tensions par le partage irréfléchi de contenus. L’éducation numérique préconise une approche critique face aux vidéos virales :
- Vérifier la source : Se fier aux canaux officiels et aux médias reconnus.
- Analyser le contenu : Se méfier des vidéos très courtes, aux logos douteux ou à la synchronisation labiale imparfaite (« trop parfaites » ou bizarres).
- Temporiser : Toujours vérifier l’information avant de céder à l’émotion et de partager.