Assamaka : « Chaque année, le nombre d’expulsés augmente » selon Dr Chehou Azizou

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L’association Alarme Phone Sahara (APS) a rendu public, le 31 décembre 2025, son rapport annuel sur la situation migratoire au niveau de la localité d’Assamaka. Le document fait état d’une augmentation du nombre de personnes arrivant de l’Algérie vers le territoire nigérien par rapport aux années précédentes.

Le rapport annuel de l’association Alarme Phone Sahara, une structure de la société civile basée dans la région d’Agadez, met en lumière les statistiques des flux migratoires enregistrés au cours de l’année 2025. Selon les observations de l’organisation, le nombre de personnes refoulées ou déplacées de l’Algérie vers le Niger a connu une hausse significative.

Une tendance à la hausse des arrivées

D’après le Dr Chehou Azizou, Secrétaire Exécutif d’APS, plus de 34 000 personnes ont été recensées arrivant à la frontière nord du pays au cours de l’année écoulée.

« Ce chiffre est nettement en hausse par rapport à celui de l’année passée (2024) qui avoisinait les 31 000, et lui-même était en hausse par rapport à celui de 2023 qui était entre 25 000 et 29 000. Comme vous pouvez le constater, chaque année, il y a plus de personnes expulsées et refoulées des pays du Maghreb» indique le Secrétaire Exécutif de l’association.

Ces personnes incluent à la fois des ressortissants nigériens et des ressortissants de pays tiers transitant par la région.

Le contexte régional contraignant

Pour expliquer ces flux, le Secrétaire Exécutif d’Alarm Phone Sahara évoque le contexte des politiques migratoires actuelles. Selon son analyse, cette situation résulte en partie de la gestion des frontières extérieures et des mesures de contrôle des flux migratoires appliquées au niveau régional et international.

« Tout ce qui se passe du côté du Maghreb est lié à la politique d’externalisation des frontières de l’Union Européenne » souligne-t-il. Les pays occidentaux, cherchant à protéger leurs frontières, font pression sur les pays du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc, Libye) pour bloquer les flux migratoires. En conséquence, ces pays « maltraitent les Africains » et les repoussent vers le sud, sans tenir compte des conditions précaires dans lesquelles ces personnes ont quitté leur pays d’origine.

Le rapport indique que ces mouvements de populations concernent divers profils, incluant des hommes, des femmes, des mineurs ainsi que des personnes en situation de vulnérabilité (femmes enceintes, personnes blessées ou handicapées).

Situation humanitaire à Assamaka

L’arrivée de ces flux importants à Assamaka, localité située dans la région d’Agadez, pose des défis logistiques et humanitaires. Alarm Phone Sahara note que les conditions de transit à travers le désert comportent des risques élevés. L’organisation a documenté plusieurs cas de décès sur l’axe migratoire, dont sept enregistrés spécifiquement à Assamaka, ainsi que d’autres signalés du côté algérien de la frontière.

La réponse sur le terrain

Face à cette situation, plusieurs acteurs interviennent pour la prise en charge des personnes arrivantes au Niger.

  • Les services de l’État : Les forces de police procèdent à l’identification et au profilage des arrivants, tandis que les centres de santé locaux assurent les soins d’urgence.
  • Les organisations humanitaires : Des structures internationales telles que l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations) ou MSF (Médecins Sans Frontières) opèrent également dans la zone.
  • La société civile : Alarme Phone Sahara contribue à l’accueil avec ses moyens logistiques, notamment l’utilisation de « deux vieux tricycles » pour transporter les personnes les plus vulnérables (malades, blessés) vers les points de prise en charge sanitaire ou administrative.

Le Dr Chehou Azizou a tenu à saluer l’implication des services techniques de l’État du Niger et des organisations partenaires dans la gestion de cette situation complexe aux portes du désert.