L’OMM annonce le retour d’El Niño, quelles conséquences pour le Niger ?

L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a annoncé le 2 juin dernier un risque météorologique, selon l’organisation il y a 80 % de probabilité qu’un épisode climatique El Niño, de niveau modéré à fort, se déclenche cette année.
Ce phénomène météorologique touche l’ensemble de la planète. Il est caractérisé par un réchauffement des eaux de l’océan Pacifique, et est connu pour bouleverser les régimes de températures et de précipitations à travers le monde.

Pour comprendre ce que cela implique pour le Niger, nous avons interrogé Ousmane Bawa, qui est le ​responsable ​de ​la ​division ​des ​prévisions ​météorologiques à la Direction de la Météorologie Nationale du Niger.

Comprendre le phénomène El Niño au Sahel

El Niño (qui signifie “petit garçon” ou « l’Enfant Jésus » en espagnol) est la phase chaude d’un cycle naturel appelé ENSO (El Niño-Oscillation Australe). S’il prend naissance dans l’océan Pacifique, ses répercussions sont planétaires.

Dans la bande sahélienne, dont fait partie le Niger, El Niño est historiquement associé à des perturbations majeures de la mousson ouest-africaine. Selon les rapports de l’OMM, ce phénomène tend à faire grimper les températures mondiales et à augmenter le risque de phénomènes météorologiques extrêmes.

Le Sahel face à El Niño : Un changement de paradigme depuis les années 2000

Pendant longtemps, l’équation semblait simple : El Niño était synonyme de sécheresse sévère pour le Sahel. Ousmane Bawa rappelle d’ailleurs que les grandes périodes de sécheresse qui ont frappé la région (1968-1973, 1983-1984, ou encore 1997-1998) coïncidaient de manière frappante avec des épisodes El Niño.

Cependant, l’expert nigérien apporte une nuance importante : El Niño n’a plus le même pouvoir qu’auparavant.

À partir des années 2000, avec la hausse des températures et les changements climatiques, « El Niño n’a plus cette intensité d’impacter à lui seul tous les régimes de précipitations au Sahel » précise-t-il.

Aujourd’hui, pour prévoir la pluie au Niger, les météorologues doivent regarder au-delà du Pacifique. L’océan déterminant pour le pays est en réalité l’Océan Atlantique. C’est de l’Atlantique Sud que remonte la mousson, porteuse d’air humide. Si l’Atlantique est suffisamment chaud, il favorise une bonne mousson vers le Sahel. À l’inverse, un Atlantique froid bloquera cette humidité, indépendamment d’El Niño. D’autres bassins, comme la mer Méditerranée et l’Océan Indien, jouent également un rôle crucial dans le déclenchement des pluies.

Les prévisions concrètes pour le Niger : Retards, poches de sécheresse et inondations

Bien qu’El Niño ne dicte plus sa loi seul, son apparition implique une certitude : des perturbations dans le régime pluviométrique.

Selon les analyses de la Météorologie Nationale, les producteurs nigériens doivent s’attendre à une saison atypique, caractérisée par plusieurs phénomènes :

  1. Une installation tardive : Les premières pluies utiles à l’agriculture risquent de se faire attendre.
  2. Des séquences sèches : Des interruptions de la pluie sont à prévoir en plein milieu de la saison.
  3. Des événements extrêmes (inondations) : C’est le grand paradoxe de ces perturbations climatiques. Ousmane Bawa alerte particulièrement sur le risque d’inondations et d’effondrements. Car souvent, ce sont des système orageux qui se déplacent lentement et lorsqu’ils arrivent sur une localité, ils y perdurent et déversent des quantités d’eau exceptionnelles (100 à 150 mm) en peu de temps, avertit l’expert.

Les conseils de la Météorologie Nationale aux populations

Face à cette situation météorologique complexe, Ousmane Bawa partage des recommandations pour les agriculteurs et les citoyens :

D’abord, le choix des cultures en privilégiant les semences à cycle court, plus adaptées aux saisons tardives et aux séquences sèches.

Ensuite, la vigilance face aux inondations car les fortes précipitations soudaines peuvent fragiliser les habitats précaires. Il faut donc vérifier l’état des maisons en banco et de quitter les zones inondables ou sujettes aux éboulements.

Puis, la prudence des éleveurs et agriculteurs lors des fortes pluies, qui doivent abandonner les lits des cours d’eau ou les zones d’écoulement pour éviter d’être surpris par la montée fulgurante des eaux.

Enfin, s’informer au quotidien car la situation étant dynamique, les prévisions de la météo nationale, affinées avec les 17 pays du forum régional (PRESASS), doivent être suivies régulièrement.